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15/03/2009

L'élevage du vin : témoignage

P1000634.JPGOn faisait du très bon vin. Michel s'était vraiment bien mis dans le pays. Il avait appris plusieurs techniques et savoirs-faire de différentes personnes.
Et puis il aimait ça, les vignes. Chaque année, celui qui nous prenait le vin au château de Leuc nous demandait ce que nous y faisions pour qu'il soit aussi bon. Au moment des vendanges, on ramassait le raison très tôt. On n'attendait pas qu'il se gâte.

On a renouvelé ou planté toutes les vignes que nous avons achetées.Ce n'était pas comme maintenant, les plants de vigne étaient alors tous mélangés. A la vigne de la montée, nous n'avions mis que des bons raisins : il y avait huit tières de Mauzac, huit tières de blanc d'espagne, huit tières de jurançon, de l'aramon, du muscat, du terret pour faire du vin blanc. La blanquette était en haut de la vigne, là où se trouvait le terrain le plus aride, et le terret, il servait à donner du degré. C'était un raisin jaune orangé, pas très bon à manger mais qui faisait du bon vin. On a aussi planté beaucoup de carignan. Une bonne partie de la production était pour notre consommation.

Pour les planter, nous avons beaucoup peiné. Il fallait labourer très profond. Nous n'étions pas équipés pour faire ce genre de travail. Nous avons acheté un petit tracteur quelques années après.
Nous n'avons jamais acheté de plants greffés. C'est Michel qui les préparait et qui le faisait. Je partais l'aider toute la journée. La veille du greffage, Michel laissait tremper les greffons dans de grands seaux d'eau pour qu'ils soient bien frais. Le lendemain, il coupait les branchages et fendait le cep de vigne. Nous suivions derrière avec des piquets pour attacher les "pourettes". Dès qu'elles sortaient, il fallait mettre un piquet pour que le vent ne les emporte pas. Nous devions ensuite le recouvrir avec de la terre très fine.

L'hiver, il partait tailler, seul.On commence en général à la fin du mois de novembre, aux alentours de la Ste Catherine, pour terminer vers le mois de mars quand les bourgeons commencent de sortir.
Il partait tous les jours jusqu'à la nuit. Il disait qu'il n'aurait jamais pu faire un métier dans un bureau et ne pas être son propre patron. Les vignes taillées, on pouvait commencer de faire les fagots de sarments.
On les laissait tout le long de la rangée, au fur et à mesure qu'on avançait. On les liait, puis on les charriait en bordure de chaque rangée.Là, on faisait un petit tas appelé une "massière". Ces massières étaient construites avec cinq fagots à la base, puis en diminuant, trois, deux, puis finalement un seul fagot au sommet.
Quand on se promenait sur les chemins, c'était très joli d'apercevoir ces petits monticules dispersés un peu partout sur les collines.(...)
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Au printemps, quand la vigne a déjà bien poussé, il faut ébourgeonner. On ne laissait que ceux du haut de la souche. Il y avait des plants de vigne qui en produisaient beaucoup plus que d'autres. Sur l'aramon, il n'y en avait pas beaucoup. Quand on labourait autour des ceps, il fallait que j'aille "déchauceler", c'est-à-dire enlever la terre restée autour du cep.
Ces vignes, on aurait dit des jardins tellement tout était entretenu, nettoyé dans les moindres recoins.
On partait soufrer au début du mois de mai. On commençait souvent avant la nuit, parce qu'à ce moment-là, il n'y avait pas trop de vent. Le matin, on réveillait tout le monde avec notre tracteur même si on n'était pas tout seuls à le faire. Chacun avait sa rangée et sa petite souffrette à main. Il fallait revenir au tracteur pour les remplir. Quand les rangées étaient trop longues, on transportait le soufre dans un cabas.

Même avec des lunettes, les yeux nous pleuraient quand même tout le jour.
Mais quand on laissait une vigne toute blanche de soufre, ça faisait du bien.


Extrait de : Un gars du Nord et une jolie fille du Midi, 2003.

19:03 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : vin, mots

Commentaires

lu l'extrais de votre livre très jolis souvenirs ancien de nos grands parents

Écrit par : maryse | 18/03/2009

Les commentaires sont fermés.