Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

26/04/2009

Rose et les sangsues

08-509568.jpgRose ne se coucha pas cette nuit là. Elle tomba assise sur son lit, n'ayant plus même la force de pleurer, tant elle était anéantie.
Elle restait inerte, ne sentant plus son corps, et l'esprit dispersé, comme si quelqu'un l'eût déchiqueté avec un de ces instruments dont se servent les cardeurs pour effilocher la laine des matelas.

Par instants seulement elle parvenait à rassembler comme des bribes de réflexions, et elle s'épouvantait à la pensée de ce qui pouvait advenir.
Ses terreurs grandirent, et chaque fois que dans le silence assoupi de la maison la grosse horloge de la cuisine battait lentement les heures, il lui venait des sueurs d'angoisse.
Sa tête se perdait, les cauchemars se succédaient, sa chandelle s'éteignit ; alors commença le délire, ce délire fuyant les gens de la campagne qui se croient frappés par un sort, un besoin fou de partir, de s'échapper, de courir devant le malheur comme un vaisseau devant la tempête.

Une chouette glapit : elle tressaillit, se dressa, passa ses mains sur sa face, dans ses cheveux, se tâta le corps comme une folle ; puis avec des allure de somnambule, elle descendit. Quand elle fut dans la cour, elle rampa pour n'être point vue par quelque goujat rôdeur, car la lune, près de disparaître, jetait une lueur claire dans les champs.09-501563.jpg

Elle filait droit devant elle, d'un trot élastique et précipité, et, de temps en temps, inconsciemment, elle jetait un cri perçant. Son ombre, démesurée, couchée sur le sol à son côté, filait avec elle, et parfois un oiseau de nuit venait tournoyer sur sa tête.
(...)
Elle aperçut une mare, une grande mare dont l'eau stagnante semblait du sang, sous les reflets rouges du jour nouveau, et elle alla, à petits pas, boitant, la main sur le coeur, tremper ses deux jambes dedans.
Elle s'assit sur une touffe d'herbe, ôta ses gros souliers pleins de poussière, défit ses bas, et enfonça ses mollets bleuis dans l'onde immobile où venaient parfois crever des bulles d'air.

Une fraîcheur délicieuse lui monta des talons jusqu'à la gorge ; et, tout à coup, pendant qu'elle regardait fixement cette mare profonde, un vertige la saisit, un désir furieux d'y plonger toute entière. Ce serait fini de souffrir là-dedans, fini pour toujours. Elle ne pensait plus à son enfant ; elle voulait la paix, le repos complet, dormir sans lin.

Alors elle se dressa, les bras levés et fit deux pas en avant. Elle enfonçait maintenant jusqu'aux cuisses, et déjà elle se précipitait, quand des piqûres ardentes aux chevilles la firent sauter en arrière, et elle poussa un cri désespéré, car depuis ses genoux jusqu'au bout de ses pieds de longues sangsues noires buvaient sa vie, se gonflaient, collées à sa chair.

Elle n'osait point y toucher et hurlait d'horreur. Ses clameurs désespérées attirèrent un paysan qui passait au loin avec sa voiture. Il arracha les sangsues une à une, comprima les plaies avec des herbes et ramena la fille dans sa carriole jusqu'à la ferme de son maître.


Petit quizz : de qui est ce texte ??

18:59 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

25/04/2009

Déambulation dans l'écusson

P1010743.JPG

P1010741.JPG
P1010738.JPG
P1010750.JPG

P1010751.JPG
P1010757.JPG
P1010759.JPG
P1010767.JPG
P1010769.JPG
P1010772.JPG

24/04/2009

C'est vache

015.JPG
012.JPG
014.JPG
021.JPG
011.JPG

19/04/2009

Chat egyptien

namouz_28.11.08_-1-[1].jpg

 

21.03.09.O7H45_chatons_-2-.jpg

17/04/2009

De l'autre côté de la mer

sabine jardins mohammed 8 mai 210.jpg
sabine sinai charm el scheik 186.jpg

 

voyage sabine 071.jpg

 

voyage sabine 085.jpg
voyage sabine 098.jpg

 

voyage sabine 130.jpg

 

voyage sabine 133.jpg

 

voyage sabine 022.jpg
voyage sabine 029.jpg

 

le caire3 065.jpg

13/04/2009

Matin

DSCN5786.JPGJe suis un homme d’affaires portant costume gris attaché-case,
Je suis une femme d’âge mûr, portant boucles d’oreilles et jupe blanche, bien mise pour aller travailler,
Je suis une jeune professeure portant pantalon, gilet, lunettes. J’attache mes cheveux, c’est mon premier poste,

Je suis la petite fille qui tient la main de sa maman pour traverser sur le passage piéton. Je saute sur mes deux pieds, j’ai ma chanson dans la tête. Maman ne rigole pas. Elle m’a fait des couettes et je porte mes chaussettes roses.

Je suis l’homme du PMU. Je lis le journal. Je suis installé à la même table tous les jours dès sept heures et demie.
Je suis la pendule de l’avenue du Breuil, j’avance un peu.
Je suis le feu au niveau de la tour de Pannessac, j’arrête les voitures, je fais mon job.
Je suis la boulangère prête à servir les clients,

Je suis l’étudiante qui fait la queue pour acheter des « croustillons » parce qu’elle n’a pas eu le temps de déjeuner,
Je suis l’agent municipal dans sa camionnette verte, je porte brosses et balais pour nettoyer les rues,
Je suis l’ado devant le collège, la fille aux longues créoles et décolleté, et celle habillée de noir, avec des gros boots,

Je suis le pèlerin chargé, sac à dos, crédence signée dès sept heures à la cathédrale.
Je descends la rue des Tables, une longue route m’attend.
J’ai espoir.

21:46 Publié dans POAIMES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots, poésie

04/04/2009

"Je me demande combien de temps..."

Photo001.jpgJe me demande combien de temps il faudra pour que je me trouve là-bas un endroit où l'on saura combien de cuillerées de sucre je prends dans mon café.

Ce sont aussi ces petites choses, sans grandes valeurs pour les autres mais si importantes pour soi, qu'on perd en quittant son univers. Une accumulation de ces petites pertes risque de vous laisser complètement désemparé. c'est étrange de penser que, dans très peu de temps, je serai dans un autre pays pour la première fois de ma vie. Je n'arrête pas de ressasser ce fait singulier pour moi. Et ce pays possède sûrement des moeurs, des coutumes, une culture que j'ignore totalement.

Des couleurs, des odeurs et des goûts différents de ce que j'ai l'habitude de voir, de sentir et de goûter.
Comme chaque fois que je bois du café je pense à Da. A Da, toujours assise dans le coin droit de sa galerie. Exactement à la même place que ma mère. Ma mère à Port-au-Prince, Da à Petit-Goâve. Que fait Da en ce moment ?

Naturellement, elle est en train, je pourrais le jurer de déguster son premier café. En même temps que moi. A toi, Da, qui m'a appris qu'il n'y a rien de plus important au monde qu'une bonne tasse de café.
Dans son cas, c'est le café des Palmes. Je me suis toujours demandé quand Da a bu sa première tasse de café. Sa vraie première tasse de café. Pas une eau de café. Du café pur.

Il y a toujours la première fois, et on est sûr que ce goût et cette odeur nous accompagneront durant toute notre vie.
Peut-être que pour certains, c'est toujours la première fois. Da se ferme ferme les yeux avec la même intensité, la même concentration chaque fois qu'elle boit du café. Le même plaisir.

Dany Laferrière, Le cri des oiseaux fous

16:51 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

02/04/2009

Complainte printanière

P1000823.JPG
Sous mon balcon
Coule le Dolaizon
Petite rivière calme
Tempétueuse le printemps

Les merles les mésanges
Les cols verts se poursuivent
Jusque sur les herbes tendres

Le saule pleureur penche ses bras
Seul il attend, le héron
Avance de son pas saccadé
A la recherche de truites

L'air est doux
Le ciel agité
Le vert se fait plus juste

Quelques vélocyclistes
Des couples d'amoureux
Des chiens avec leurs maîtres
Tout ce petit monde trottine
Au pied de ma fenêtre

Et le Dolaizon file file
La merlette cherche de quoi
Au bord de l'eau elle picore

20:53 Publié dans POAIMES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : printemps, vert, poésie