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26/01/2010

L'Affiche, revue murale de poésie

 

 

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"L'Affiche", revue murale de poésie propose un texte et une photographie, exposées dans des lieux culturels et dans la rue.
 

Bois, pierre, eau, air,
écrire les lignes du paysage à même la chair du visible :
la croix, les carrés de galets, la plage escamotée, l’horizon, les nuées.
Un goût tenace de gaufre et de café. La fièvre
d’avoir roulé depuis le matin dans un travelling constant,
laissant derrière nous les faubourgs, les noeuds électriques,
les champs de betteraves et l’autoroute ;
et d’avoir débouché, là, entre deux averses ou deux trouées de lumière,
éclairant brutalement les falaises et la côte.


Bois, pierre, eau, air,
l’immensité de la surface liquide et du ciel,
l’aimantation des masses,
l’appel du large qui est l’appel de l’espace.
Puis, ce point de fixation ou de fuite où point la chose :
béance de la baie au-delà du banc et du beau ;
quand, face à la puissance élémentaire, s’annulent
condition ordinaire et mise en scène bancale
(qu’ironise, en plus, la virgule de l’oiseau) !


Bois, pierre, eau, air,
écrire sur les lignes du visible : tout conduit au seuil du voir
et se construit dans le regard !
Remâcher ces mots tandis que l’on marche
vers l’ouverture ; une ligne blanche par planche délavée ;
un pas à pas compté dans le vent et la rumeur montante :
plus on avance et plus ça s’ouvre ! plus on avance,
moins c’est gris, plus c’est bleu beige et vert !
plus on avance, plus c’est ouvert !


Toujours le présent et les sensations gouvernent.
Toujours regarder la mer et le ciel
comme la première fois.
Toujours le réel ouvre et ferme le ban.

22/01/2010

L'objet du délit

 

 

Assez parlé de bleu. Trop de bleu nuit.

Revenons à des réalités plus terre à terre, revenons à nos oreilles chéries. J’ai cédé à la tentation, j’ai acheté une Machine de Poésie 3 oreilles, une MP3 de sons portative.

Comment ça fait de marcher tout en écoutant de la musique ? Comment ça fait de marcher avec des écouteurs dans la tête ? Et ben, tu vas voir. C’est comme le téléphone portable. Il y a encore quelques années, il ne serait venu à l’idée de personne de téléphoner dans la rue, de parler dans le vide, d’exposer sa vie, là, sur le trottoir. Nouveaux usages, nouveaux comportements.

Dans quel monde on vit ? Quel est ce besoin aujourd’hui de se couper du monde extérieur, de s’isoler des bruits ambiants ?

Vivre dans une bulle à soi faites de sons connus, de voix intimes. Mettre le monde à distance. Passer à autre chose. Une autre réalité ?

Ecouter trop de sons nuit g(r)avement à la santé, c’est écrit sur les paquets d’écouteurs qu’on vend à la volée dans les gares, à la sortie des villes nouvelles, aux voyageurs indécis, dans leur bulle de vent connu, d’air respirable ou irrespirable.

Pour les odeurs, vous repasserez. Bientôt en stock chez votre marchand de bonheur, au coin de la rue, des sachets à humer, à renifler. A snifer. Pas de colle, de coke, non, des odeurs oubliées pour ceux qui n’ont plus les moyens de vivre à la campagne.

20/01/2010

Une histoire de bleu

 

"Nous rêvons à des estuaires, des

tumultes, des ressacs, des embellies et des marées. Nous

écoutons monter en nous le chant inépuisable de la mer

qui dans nos têtes afflue puis se retire, comme revient

puis s’éloigne le curieux désir que nous avons du ciel."


Jean-Michel MaulpoixUne histoire de bleu.

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"Le bleu ne fait pas de bruit.

C'est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage, ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l'attire à soi, l'apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu'en elle il s'enfonce et se noie sans se rendre compte de rien.

Le bleu est une couleur propice à la disparition.

Une couleur où mourir, une couleur qui délivre, la couleur même de l'âme après qu'elle s'est déshabillée du corps, après qu'a giclé tout le sang et que se sont vidées les viscères, les poches de toutes sortes, déménageant une fois pour toutes le mobilier de ses pensées.

Indéfiniment, le bleu s'évade.

Ce n'est pas, à vrai dire, une couleur. Plutôt une tonalité, un climat, une résonance spéciale de l'air. Un empilement de clarté, une teinte qui naît du vide ajouté au vide, aussi changeante et transparente dans la tête de l'homme que dans les cieux.

L'air que nous respirons, l'apparence de vide sur laquelle remuent nos figures, l'espace que nous traversons n'est rien d'autre que ce bleu terrestre, invisible tant il est proche et fait corps avec nous, habillant nos gestes et nos voix. Présent jusque dans la chambre, tous volets tirés et toutes lampes éteintes, insensible vêtement de notre vie."

 

Jean-Michel Maulpoix

© Mercure de France, 1993

19/01/2010

Le retour de la lumière

 

Un jour sur deux, un peu de bleu, de blanc. Dans les toiles du vent amarrées aux échos de la mer. 

Elle fait entendre sa sourdine, la mer, ses vagues auprès des ports. Des estuaires. Même loin, le vent la ramène vers les côtes.

Les arbres tremblent. De sel chargés, ils se déposent au creux des hivers crépitants. Braise des lointains matins où la lumière éclabousse la nuit. Toits en miroir sous le feu des nuages.

Qui arrivent et repartent. Etourdis encore.

16:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

18/01/2010

Ecritures et graffitis

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17/01/2010

A la tombée du bleu et des bruits

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J'ai longtemps habité sous de vastes équerres

dans l'odeur surie des cimaises près de peintures

couleur d'orage

à la tombée du bleu


J'ai joué longtemps sous des portiques

inachevés où le soir émiettait le rire de ses

micas, roulant des ossements d'ivoire

à la tombée des heures


J'ai vécu très longtemps sur des échafaudages

menant aux émois colorés des façades,

soucieux de réciter sans en omettre un mot

le lexique des menuiseries salvatrices

à la tombée des bruits


Je me suis souvent étendu dans la nuit

des salles que le jour refusait, une main sur

le sépia de la mémoire, une autre sur le demain

des lèvres, les yeux hantés de boiseries mystiques

à la tombée des soufles


C'est là que j'ai vécu dans la volupté neuve

des planches et du passé fraîchement rabotés,

surprenant l'aveu des alaises, écoutant l'odeur

de l'enfance battre aux tympans, aux

parvis, aux nefs et aux voûtes, battre jusqu'à

la genèse du poème.


Jacques Lacarrière, à la tombée du bleu, Fata morgana, 1987.

15/01/2010

Piqûres en soldes

 

Reçu, hier, le coupon à remplir pour aller se faire vacciner contre la grippe A.

Deux injections, c'est cadeau.

Sauf que, hier, c'était le jour où on a annoncé que l'épidémie était "officiellement" terminée et le jour où les médecins généralistes peuvent vacciner directement à leur cabinet sans que l'on ait besoin de passer à la case Centre de vaccination.

A qui vais-je refiler le coupon ? Pourrais-je le revendre ? Peut-être à quelqu'un qui n'aurait pas la télé et vivrait dans un pays pauvre.

14/01/2010

Pépites d'or

 

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(Van Gogh, époque hollandaise)

 

En ce temps-là le charbon

était devenu aussi précieux

et rare que des pépites d'or

et j'écrivais dans un grenier

où la neige, en tombant par

les fentes du toit, devenait

bleue.

 

Pierre Reverdy, Plupart du temps, 1915-1922, gallimard.

13/01/2010

Chagall, "né avec la couleur bleue"

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12/01/2010

Voir le visage de Dieu, selon Khamissi

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"le Nil, pour les cairotes, c'est la possibilité de laver son âme, une vraie possibilité de s'enfuir du chaos total et de voir le visage de Dieu
Prendre un felouque au centre ville...
ou comment en deux minutes, vous êtes ailleurs, il y a de l'air, il n'y a aucun bruit,
et on contemple une réalité d'une beauté absolue.
Trouver un peu de paix dans cette ville d'enfer..."

Propos de l'auteur égyptien Al Khamissi à l'occasion de sa venue à Montpellier pour parler de son premier livre, "Taxi" publié en France chez Actes Sud.