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20/03/2010

L'attrappe-coeurs ou le coeur en miettes

Lecture des mots de Salinger. Après, le coeur en miettes.

 

"Souvent, lorsqu'il fait beau, mes parents vont mettre des fleurs sur la tombe d'Allie. Je les ai accompagné deux ou trois fois et puis j'ai arrêté. D'abord ça me plait pas du tout de le voir dans ce putain de cimetière. Entourés par des types qui sont morts et sous des dalles de pierre et tout. Quand il y a du soleil ça peut encore aller, mais deux fois, oui deux fois on y était quand il s'est mis à pleuvoir. C'était horrible. Il pleuvait sur la saloperie de tombe d'Allie et il pleuvait sur l'herbe sur son ventre. Il pleuvait tout azimuts. Les gens en visite au cimetière se sont mis à courir en toute pompe vers leurs voitures. Je me sentais devenir dingue. Ces gens, ils avaient qu'à monter dans les voitures et mettre la radio et tout et puis à s'en aller diner dans un endroit agréable - tous, excepté Alllie. Et ça je pouvais pas l'admettre. Je sais bien que c'est seulement son corps qui est au cimetière et son âme est au Ciel et tout, le grand bla-bla, mais quand même je pouvais pas l'admettre. Je voudrais tellement pas qu'il soit là. Vous l'avez pas connu. Si vous l'aviez connu vous comprendriez. Passe encore quand y a du soleil mais le soleil il vient quand ça lui chante."

 

Salinger-Catcher.jpg

"Il y avait bien un million de filles, assises ou debout, ici ou là, qui attendaient que leur copain se pointe. Filles croisant les jambes, filles croisant pas les jambes, filles avec des jambes du tonnerre, filles avec des jambes mochetingues, filles qui donnaient l'impression d'être extra, filles qui donnaient l'impression que si on les fréquentait ce seraient de vraies salopes. C'était comme un chouette lèche-vitrines, si vous voyez ce que je veux dire. En un sens, c'était aussi un peu triste, parce qu'on pouvait pas s'emêcher de se demander ce qui leur arriverait, à toutes ces filles. Lorsqu'elles sortiraient du collège, je veux dire. On pouvait être sûr que la plupart se marieraient avec des mecs complètement abrutis. Des mecs qu'arrêtent pas de raconter combien leur foutue voiture fait de miles au gallon. Des mecs qui se vexent comme des mômes si on leur en met plein les narines au golf, ou même à un jeu stupide comme le ping-pong. Des mecs terriblement radins. Des mecs qui lisent jamais un bouquin. Des mecs super-casse-pieds. Mais là faut que je fasse attention.Je veux dire quand je parle de certains mecs qui sont casse-pieds. Je comprends pas les mecs casse-pieds. Non, vraiment pas.

 

Voir le papier que lui a consacré Pierre Assouline lors de sa mort en janvier dernier (ici).

 

18:10 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

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