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10/09/2013

Pensées éternelles

 

 

"Y aura personne à mon enterrement. Pas comme lui, qu’a eu une belle mort.

 

C’est comme ça les riches, quand ça crève. Faut que ça montre, même là, qu’ils en ont de la clinquaille. C’est plus fort qu’eux. Faut que ça pousse sur leur cercueil, partout. Ça respecte rien.

 

Je suis là, je prie Dieu. Dieu, c’est mon ami. Les fautes, il connait. Les miennes surtout. Je lui dis tout, le soir dans le lit. Pas au cimetière devant la tombe, ni à monsieur le curé. Non, ça reste entre nous ces choses-là. De Lui à moi. Les autres, toujours, ils ont été jaloux de ce que je Lui cause.

 

C’est pas donné à tout le monde d’avoir des facilités avec le Saint Esprit. Ça m’a causé du tort, faut pas croire. Sa volonté, je l’ai faite, et plus qu’assez. Et des fois, je priais pour qu’il me laisse tranquille. Pauvre de moi, il dirait et il aurait bien raison. Je parle toute seule maintenant. C’est t’y pas Dieu possible, à la messe, devant la tombe, dans la rue. Quoi que je suis devenue depuis qu’il est parti, le Fernand ? Rien.

Il m’a laissée, voilà. Et moi, qui sais quand j’irais au ciel, si j’y vais.

 

Je suis éreintée. Toutes ses tombes à laver. Et mon dos, ma taille. Qui sait qui la serre, qui la touche, maintenant qu’il est parti. Je t’en foutrais, moi, des anges. Peut-être qu’ils nous bichonnent là-haut, va savoir. En attendant, c’est moi qui lave. Les plaques, les fleurs à changer. Le curé, il dit que ça met du beurre dans les épinards. J’aurai pas cru qu’il dirait ça. Il a dit aussi que j’étais bien brave et que je pouvais venir tenir sa maison. Qu’il me donnerait dix francs par jour et que je pourrais me confesser pour rien."

 

 

 

 

Extrait de la nouvelle, "Pensées éternelles", Prix Védrarias 2012 (5e prix).

 

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