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02/05/2014

Vaseco # 6 Trois petits sauvages, par Cécile Benoist

 François Bon et le collectif Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, un auteur écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.


J'échange aujourd'hui avec Cécile Benoist. Avec un tel  nom de site : « Littérature sauvage », je sentais forcément des affinités littéraires entre nous. Nous avons donc logiquement choisi de partir avec le thème des "Mots Sauvages" et de voir ce qui naît.

Les Mots Sauvages ...

Comment peut-il en être autrement ? Bien sûr que les mots sont sauvages.

Ils poussent en tout sens, désordonnés, sans rien demander à personne.

Les laisser partir comme des herbes folles, les laisser gambader à foison. Mots de rivière, mots de prairies. Mots de vallées, mots de sentiers.

 


> Lire mon texte Les mots se balancent sur le site de Cécile Benoist.


> Accéder à la liste des vases communicants du mois de mai

 

Les mots savent tout, avant nous. Le texte de Cécile le raconte à sa façon.

 

 

Trois petits sauvages

 

Tout à coup le clavier s’est emballé sans raison, trois mots ont déboulé sur le fichier texte. Impossible de les effacer, l’auteur est embarrassé. Les groupes de lettres, sans queue ni tête, sautillent. Paniqué, l’homme doit se rendre à l’évidence : ils sont là et ont bien l’intention de s’incruster. Il essaie de les retourner dans tous les sens, les caler au début, à la fin, au milieu, dans les interstices du texte, en notes de bas de page. Mais les trois mots font les pitres, à moins qu’ils ne veuillent être le titre. Et puis quoi encore ?

L’auteur essaie à nouveau de les effacer, ferme son fichier, l’ouvre encore, éteint l’ordinateur, débranche, rallume. Rien n’y fait. Il surfe sur le net à la recherche d’une solution, convoque les spécialistes de son entourage, en vain. Les vocables n’ont que faire des desiderata des auteurs de bas étage. Ils s’étalent sur la page, prennent leurs aises, dansent à l’infini devant les mots tapés par l’auteur, bien sages et qui s’extasient devant cette sauvagerie.

Dépité, l’auteur abandonne son texte. Les mois passent, quelques années d’oubli aussi. Un jour, le texte resurgit au hasard d’une erreur d’ouverture de fichier. L’homme revoit ce foutoir textuel, y constate une certaine harmonie chaotique. Pourtant, rien n’a changé. Sauf lui, peut-être.

Il réajuste quelques lignes, échange quelques lettres – les trois mots sauvages sont toujours là, inamovibles. Il lit son texte à voix haute. Ça sonne. Il l’envoie à une poignée d’éditeurs. L’un deux accepte le texte, à condition d’enlever ces trois mots bizarres, excusez-moi, mais si je peux me permettre, ils n’ont rien à faire là. Désolé, impossible. Un autre est subjugué par l’ensemble, touché par l’indocilité du texte, et surtout par trois mots en particulier, des « diamants de langage ». Un contrat est signé.

 

 

Originaire de la Venise Verte, Cécile Benoist vit dans la Ville Rose et aspire à découvrir les couleurs du monde. C’est une auteure tout-terrain qui publie des documentaires jeunesse, des livres-jeux, des articles, des nouvelles, des micro-textes et des romans. Sociologue de formation, ses sujets de prédilection sont la société, l’Afrique et l’environnement. Avec son projet d’écriture numérique Littérature sauvage (litteraturesauvage.wordpress.com), elle explore les supports du langage. Son blog-brouillon : www.ccil.over-blog.net 

 

 

 

Commentaires

Comme trois chatons

Écrit par : François le Niçois | 07/05/2014

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