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18/01/2015

Note de lecture sur le recueil "Vivant parmi les vivants"

 

Vivre pour vivre, lire pour lire

 

 

"Le souffle très puissant du livre, de chacune des ses six nouvelles, nous emporte dès la première ligne, de la première d’entre elles, éponyme, « Vivant parmi les vivants ». Et l’écriture suit : mordante, coupée et coupante : « On fait quoi du souffle qui est en nous. ».

 

Un livre de liaisons, de passages, un chaînon ou… un grand mot de passe entre terre et ciel, entre « la terre glaise » et « là-haut », le plus souvent, car les personnages dans des situations-limites, frôlant la mort (ou la fin de vie…).

 

L’impuissance devant les vicissitudes de la vie : « On voudrait dire Amen et on peut pas. On reste là, légume parmi les légumes, vivant parmi les vivants. Et puis on part. Au ciel, en enfer, qu’importe, pourvu qu’on déguerpisse. »

 

La maladie, l’hospitalisation (...) la drôlerie pour supporter le désarroi, l’impuissance devant un état sans issue ? « Plus qu’à le débrancher, le vieux. Ce soir, tout le monde est pari. Dormir, au resto, devant la télé. Demain sera un nouveau jour. Je vais bien rigoler. A l’intérieur, les boyaux, les os vont se liquéfier comme de la semoule et je danserai la danse des morts vivants. Arrête de gémir, dirait Jeannette. Débranche ces foutus tuyaux plutôt. […] »

 

La lucidité qui rend libre : « Pourquoi n’y a-t-il pas une machine à aspirer tous nos souvenirs, d’un coup ? Après, on serait peinard. On pourrait rêver avec des rêves neufs. Je laisse la lumière allumée. Je me sens léger. Libre. Jamais connu ça. Toujours des fils à la patte. Jusqu’à la fin, on te tuyaute de partout pour pas que tu t’échappes…[…] ».

 

Un recueil de la résistance ! résistance devant la mauvaise vie, ou la fausse vie, ou la vie « trahie », ou la vie « comme elle va » ; résistance et révolte, rébellions d’un jour – ou de toujours, qui jaillissent un jour ! Pour rester vivant – chacun des textes aurait pu avoir le titre du premier, voire du recueil.

 

Résistance par l’humour : « Ça me fait une belle jambe, toucher le ciel et redescendre. Pas encore pour moi les étoiles. La fin, ouais. La fin des haricots. Sans ce truc, sans ce don de Dieu, on va où, on est quoi ? Un fétu, une herbe, une lumière qui passe à toute berzingue. On fait quoi du souffle qui est en nous. Dans notre cage thoracique, ces petits filets d’air qui vivent leur vie de microbe, ces bulles qui nous empêchent de crever et nous emmènent au ciel parfois, quand on se sent tellement léger qu’on reste baba devant l’éternel qui se cache derrière sa barbe blanche et nous accueille pas les bras ouverts parce que la place est prise. Trop de monde. Réduction de personnel. Ça touche tout le monde, la crise. Même le ciel. Même Lui. » (Vivant parmi les vivants)

 

Les cas sont différents, le souffle dont on parlait au début n’est pas monotone, il « varie », s’adapte à chaque personnage et situation, ce qui n’est pas facile, quand on écrit : rendre l’individualité de chaque « voix », car les voix sont multiples. Une multiplication, qui correspond à une écriture « généreuse » : cela veut dire l’abondance de mots justes, précis, qui caractérisent et couvrent une vie entière en quelques pages, à peine. Des « romans » de vie – ou de famille, concentrés dans quelques phrases-images. Le dialogue intérieur, le plus souvent, ne doit rien à personne : car le souffle qui traverse les paroles est bien « individualisé », Sabine Normand réussit à créer des voix diverses, je le disais déjà, qui « coïncident » avec les personnages, les rendant… vivants.

 

Pas de fantoches, pas de fictions, ni réalisme « béat » et / ou bête.

 

Universalité des cas – car le (beau) risque que nombreux d’entre nous se reconnaissent dans les situations décrites !"

 

S.Voïca, revue Paysages Ecrits, décembre 2014 

 

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