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03/05/2010

Dans la ville elle court

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Noire

elle est noire


 

Dans la ville

elle court

de la tête aux pieds

elle court


 

sous le voile noir

irradie de lumière

les cheveux attachés

dans le cou

serrés

 


dans la ville elle marche

respire à petits pas

son ombre grise entre les murs

 


son ombre grise entre les murs

range le voile dans le coffre

 


la nuit s'en va

les cheveux restent attachés

16/04/2010

les Hommes ont oublié

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Les Hommes ont oublié

Les hommes ont arraché

 

Le soleil desséché

La pluie lessivé

 

Les souches

séchées

ramassées

Entassées

 

Formant des tas de blessures noires

emiettées

rousiguées

Par le sol et la terre

01/04/2010

Fragment de ciel

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                            Bords du Lez, 31 mars 2010

 

Au début mars

les racines fendent la peau des graines

 

la fenêtre

libère

une mouche engourdie.

 

Nous recommençons

comme si nous n'avions pas été moulus jusqu'aux os

 

comme si le matin servait toujours

avec son fragment de ciel entre les maisons.

 

Nous ignorons une fois de plus l'autrefois

pour croire ces heures

à l'aventure.

 

comme si le matin servait toujours

avec son fragment de ciel entre les maisons.

 

Noous ignorons une fois de plus l'autrefois

pour croire ces heures

à l'aventure.

 

Marie-Claire Bancquart

Opportunité des oiseaux, Ed. Belfond, 1984.

20/03/2010

L'attrappe-coeurs ou le coeur en miettes

Lecture des mots de Salinger. Après, le coeur en miettes.

 

"Souvent, lorsqu'il fait beau, mes parents vont mettre des fleurs sur la tombe d'Allie. Je les ai accompagné deux ou trois fois et puis j'ai arrêté. D'abord ça me plait pas du tout de le voir dans ce putain de cimetière. Entourés par des types qui sont morts et sous des dalles de pierre et tout. Quand il y a du soleil ça peut encore aller, mais deux fois, oui deux fois on y était quand il s'est mis à pleuvoir. C'était horrible. Il pleuvait sur la saloperie de tombe d'Allie et il pleuvait sur l'herbe sur son ventre. Il pleuvait tout azimuts. Les gens en visite au cimetière se sont mis à courir en toute pompe vers leurs voitures. Je me sentais devenir dingue. Ces gens, ils avaient qu'à monter dans les voitures et mettre la radio et tout et puis à s'en aller diner dans un endroit agréable - tous, excepté Alllie. Et ça je pouvais pas l'admettre. Je sais bien que c'est seulement son corps qui est au cimetière et son âme est au Ciel et tout, le grand bla-bla, mais quand même je pouvais pas l'admettre. Je voudrais tellement pas qu'il soit là. Vous l'avez pas connu. Si vous l'aviez connu vous comprendriez. Passe encore quand y a du soleil mais le soleil il vient quand ça lui chante."

 

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"Il y avait bien un million de filles, assises ou debout, ici ou là, qui attendaient que leur copain se pointe. Filles croisant les jambes, filles croisant pas les jambes, filles avec des jambes du tonnerre, filles avec des jambes mochetingues, filles qui donnaient l'impression d'être extra, filles qui donnaient l'impression que si on les fréquentait ce seraient de vraies salopes. C'était comme un chouette lèche-vitrines, si vous voyez ce que je veux dire. En un sens, c'était aussi un peu triste, parce qu'on pouvait pas s'emêcher de se demander ce qui leur arriverait, à toutes ces filles. Lorsqu'elles sortiraient du collège, je veux dire. On pouvait être sûr que la plupart se marieraient avec des mecs complètement abrutis. Des mecs qu'arrêtent pas de raconter combien leur foutue voiture fait de miles au gallon. Des mecs qui se vexent comme des mômes si on leur en met plein les narines au golf, ou même à un jeu stupide comme le ping-pong. Des mecs terriblement radins. Des mecs qui lisent jamais un bouquin. Des mecs super-casse-pieds. Mais là faut que je fasse attention.Je veux dire quand je parle de certains mecs qui sont casse-pieds. Je comprends pas les mecs casse-pieds. Non, vraiment pas.

 

Voir le papier que lui a consacré Pierre Assouline lors de sa mort en janvier dernier (ici).

 

18:10 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

18/03/2010

Couleur femme : un atelier d'écriture

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Quand une contrainte d'écriture laisse le champ libre aux mots,aux images, guidés par l'accompagnement sensible et humain de Lilian Bathelot, auteur de nombreux polars et ouvrages jeunesse.

Voir son site ici.

Pas d'écriture féministe, juste en confiance laisser les mots filer où ils doivent aller. Raconter une histoire, quelques pas en commun. Trouver, chacun, sa petite musique à soi. Les mots comme une étreinte, une écharpe satinée à porter autour du cou. Une couleur, une lumière, un feu qui brûle.

Une clarté dans la nuit.

 

Quelques mots de Lilian Bathelot, extraits de "Le rire d'Olga", éditions Métaillié, 2003 :

"Je me souris gentiment dans la glace. Mais c'est une frimouse crispée, avec une drôle de grimace qui lui tord la bouche. Je fais ce que je peux pour le prendre à la légère mais je sens bien qu'il y a un os. La voix monocorde qui estropiait les mots et la grammaire française ne plaisantait pas , c'est sûr. Cette Olga était si concentrée pour se faire comprendre qu'elle ne pouvait pas jouer, en même temps, la tremblote speedée qui dégoulinait du téléphone.

De toute façon, je devais passer la journée au bahut. C'est bien une façon de quitter la piaule, non ? J'ai tout ce temps-là pour intuiter la suite. On verra bien ce soir. Un coup d'oeil dans la glace pour voir si je ressemble à peu près à une prof de lettres. Je me retourne en levant le bras droit pour vérifier que la jupe ne remontera pas trop haut si j'ai à écrire tout en haut du tableau. Un peu juste, mais bon. J'ai mis une culotte blindée. ça fera. J'enfile les bottines sur les socquettes blanches et colle sur mon nez les binocles à monture de plastique bleu et à verres neutres qui me servent à faire le professeur. Les trois moues rituelles dans la glace de l'entrée et je claque la porte vers le bahut.

Aujourd'hui je ne serai pas à la bourre. Le patron ne va pas le croire."

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18:45 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : mots

05/03/2010

Quand tu aimes, il faut partir

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Fou à pattes bleues des Galapagos
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Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir

Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises

II y a l'air il y a le vent
Les montagnes l'eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre

Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends

Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler

Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t'en

Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l'œil
Je prends mon bain et je regarde

Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t'aime

 

Blaise Cendrars

03/03/2010

Le mer démesurée : Maupassant et la French Riviera

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Dans les années 1880-1890, Maupassant découvre le massif de l'Estérel, Cannes, le cap d'Antibes.
Le succès de Bel Ami lui permet d'acheter un yacht de onze mètres et de naviguer sur la côte encore sauvage.
"A droite, l'Estérel aux sommets pointus, étrangement découpés ; puis la mer démesurée, s'allongeant jusqu'aux côtes lointaines de l'Italie, avec ses caps nombreux et, en face de Cannes, les îles de Lérins, vertes et plates, qui semblent flotter..."
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la Théoule-sur-mer. En rade d'Agay, il écrit : "De toute la côte du Midi, c'est ce coin que j'aime le plus. Je l'aime comme si j'y étais né, comme si j'y avais grandi, parce qu'il est sauvage et coloré, que le parisien, l'anglais, l'américain, l'homme du monde et le rastaquouère ne l'ont pas encore empoisonné."
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La baie de Cannes by night. Les palaces, le clinquant, la fourrure, les sacs, les chaussures, les salons de thé chics...
A quai, Maupassant retrouve les pesanteurs de la terre : "Depuis Cannes, où l'on pose, jusqu'à Monaco, où l'on joue, on ne vient guère dans ce pays que pour faire des embarras ou tripoter de l'argent, pour étaler, sous le ciel délicieux, dans ce jardin de roses et d'orangers, toutes les basses vanités, les sottes prétentions, les viles convoitises, et bien montrer l'esprit humain tel qu'il est, rampant, ignorant, arrogant et cupide."
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19/01/2010

Le retour de la lumière

 

Un jour sur deux, un peu de bleu, de blanc. Dans les toiles du vent amarrées aux échos de la mer. 

Elle fait entendre sa sourdine, la mer, ses vagues auprès des ports. Des estuaires. Même loin, le vent la ramène vers les côtes.

Les arbres tremblent. De sel chargés, ils se déposent au creux des hivers crépitants. Braise des lointains matins où la lumière éclabousse la nuit. Toits en miroir sous le feu des nuages.

Qui arrivent et repartent. Etourdis encore.

16:01 Publié dans Dans le bleu, Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

28/07/2009

La terre a soif

 

 

La terre a soif

La terre a faim

Les fleuves courent rétifs à son appel

Les rivières se jettent dans le vide

Les ruisseaux dans la mer

Et la mer tourne en rond

Les larmes ne coulent plus


Les dieux appellent

Au vent, à la pluie, au déluge des eaux.

 

Pas une goutte d’eau pour la terre assoiffée

Les cactées se rétractent

Les feuilles se dessèchent

Les vers se terrent


La mer a déserté la terre

 

Les animaux attendent la prochaine nuée

Les araignées pleurent

Les cigales gémissent

Les hirondelles suent

 

L’orage, viendra-t-il du nord ou bien du sud ?

 

La terre espère

Trempée de honte

La mer est fatiguée

De courir après toutes les guerres

D’engloutir tous les corps

 

La mer reviendra peut-être

Quand la terre aura pleuré.

 

 

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26/07/2009

L'âme ne pèse pas

 

 

L’âme ne pèse pas

Elle volète d’êtres en êtres

Tel un elfe

Dans le creux d’une main

Dans le rire d’un enfant

 

Elle n’entend pas le vent qui souffle à son oreille

Elle se laisse porter par le reflet de l’air

Hésite encore

 

Une fois le but atteint

Elle déploie ses ailes de mousse

Et dépose son sexe sur le rocher de la mémoire


Elle pèse un monde

Un univers entier.


Texte publié dans la revue de poésie "Décharge", n°151, Septembre 2011.