Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

13/04/2009

Matin

DSCN5786.JPGJe suis un homme d’affaires portant costume gris attaché-case,
Je suis une femme d’âge mûr, portant boucles d’oreilles et jupe blanche, bien mise pour aller travailler,
Je suis une jeune professeure portant pantalon, gilet, lunettes. J’attache mes cheveux, c’est mon premier poste,

Je suis la petite fille qui tient la main de sa maman pour traverser sur le passage piéton. Je saute sur mes deux pieds, j’ai ma chanson dans la tête. Maman ne rigole pas. Elle m’a fait des couettes et je porte mes chaussettes roses.

Je suis l’homme du PMU. Je lis le journal. Je suis installé à la même table tous les jours dès sept heures et demie.
Je suis la pendule de l’avenue du Breuil, j’avance un peu.
Je suis le feu au niveau de la tour de Pannessac, j’arrête les voitures, je fais mon job.
Je suis la boulangère prête à servir les clients,

Je suis l’étudiante qui fait la queue pour acheter des « croustillons » parce qu’elle n’a pas eu le temps de déjeuner,
Je suis l’agent municipal dans sa camionnette verte, je porte brosses et balais pour nettoyer les rues,
Je suis l’ado devant le collège, la fille aux longues créoles et décolleté, et celle habillée de noir, avec des gros boots,

Je suis le pèlerin chargé, sac à dos, crédence signée dès sept heures à la cathédrale.
Je descends la rue des Tables, une longue route m’attend.
J’ai espoir.

04/04/2009

"Je me demande combien de temps..."

Photo001.jpgJe me demande combien de temps il faudra pour que je me trouve là-bas un endroit où l'on saura combien de cuillerées de sucre je prends dans mon café.

Ce sont aussi ces petites choses, sans grandes valeurs pour les autres mais si importantes pour soi, qu'on perd en quittant son univers. Une accumulation de ces petites pertes risque de vous laisser complètement désemparé. c'est étrange de penser que, dans très peu de temps, je serai dans un autre pays pour la première fois de ma vie. Je n'arrête pas de ressasser ce fait singulier pour moi. Et ce pays possède sûrement des moeurs, des coutumes, une culture que j'ignore totalement.

Des couleurs, des odeurs et des goûts différents de ce que j'ai l'habitude de voir, de sentir et de goûter.
Comme chaque fois que je bois du café je pense à Da. A Da, toujours assise dans le coin droit de sa galerie. Exactement à la même place que ma mère. Ma mère à Port-au-Prince, Da à Petit-Goâve. Que fait Da en ce moment ?

Naturellement, elle est en train, je pourrais le jurer de déguster son premier café. En même temps que moi. A toi, Da, qui m'a appris qu'il n'y a rien de plus important au monde qu'une bonne tasse de café.
Dans son cas, c'est le café des Palmes. Je me suis toujours demandé quand Da a bu sa première tasse de café. Sa vraie première tasse de café. Pas une eau de café. Du café pur.

Il y a toujours la première fois, et on est sûr que ce goût et cette odeur nous accompagneront durant toute notre vie.
Peut-être que pour certains, c'est toujours la première fois. Da se ferme ferme les yeux avec la même intensité, la même concentration chaque fois qu'elle boit du café. Le même plaisir.

Dany Laferrière, Le cri des oiseaux fous

16:51 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

29/03/2009

La peau du jour

Photo004.jpgLa liberté intellectuelle dépend des choses matérielles.

La poésie dépend de la liberté intellectuelle. Et les femmes ont toujours été pauvres, et cela non seulement depuis deux cent ans, mais depuis le commencement des temps. Les femmes ont eu moins de liberté intellectuelle que les fils des esclaves athéniens. Les femmes n'ont donc pas eu la moindre chance de pouvoir écrire des poèmes. (...)

Mais pourquoi, pouvez-vous m'objecter, attacher une si grande importance au fait que les femmes puissent écrire des livres quand, selon vous, écrire exige tant d'efforts, mène peut-être au meurtre de sa propre tante, et presque sûrement à être en retard pour le déjeuner, et peut aboutir à de sérieuses disputes avec de très braves gens?

J'espère que, d'une façon ou d'une autre, vous avez en votre possession assez d'argent pour voyager et vivre dans l'oisiveté, pour contempler l'avenir et le passé du monde, pour rêvasser sur des livres et musarder aux coins des rues et laisser la ligne de la pensée s'enfoncer profondément dans l'eau du fleuve.

Je vous demande d'écrire plus de livres, je vous pousse à faire ce qui sera un bien pour vous et un bien pour le monde en général.
Qu'entend-on par "réalité" ?

Cela semble être quelque chose de très changeant sur quoi on ne peut compter - que tantôt on trouve sur une route poussiéreuse, tantôt sur un morceau de journal, dans la rue, qui parfois est une jonquille au soleil.
La vérité projette sa lumière sur un groupe dans une pièce ou marque quelque propos passager.
Elle se précipite sur vous tandis que sous un ciel étoilé vous rentrez à la maison et transforme le monde du silence en quelque chose de plus réel que le monde des paroles - et puis la voici de nouveau dans un omnibus dans le vacarme de Piccadilly. Parfois aussi elle se fige en des formes très éloignées pour que nous puissions discerner quelle est leur nature. Mais tout ce qu'elle touche, elle le rend stable et permanent.
C'est là ce qui demeure quand la peau du jour a été jetée dans la haie : c'est là ce qui reste du passé, et de nos amours, et de nos haines.

Or, l'écrivain a la chance, me semble-t-il, de vivre plus que tout autre en présence de cette réalité. C'est son rôle de la découvrir, de la rassembler et de la communiquer.

Virginia WOOLF, Une chambre à soi.

14:13 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femme, mots

18/03/2009

Chaque matin boire une tasse de soleil

les sauvages juin 08 029.jpg Chaque matin, boire une tasse de soleil et manger un épi de blé.
Ainsi je dois me dire : "Petit cochon, tu ne travailles pas ! "
Oui, c'est bon ! Tu bois du soleil, tu regardes, tu observes, tu jouis de la vie, tu trouves bien fait tout ce que le Bon Dieu a fait.

Les lézards t'intéressent, les demoiselles aussi qui, plantées sur le cou l'une de l'autre, volent de brindilles en brindilles et se posent, l'une toute droite et raide, l'autre en ligne brisée , le bout de sa queue dans l'eau. Tu te dis : avant d'écrire, il faut voir.
Flâner, c'est travailler.

Il faut apprendre à tout voir, le brin d'herbe, les oies qui crient dans les étaules, le soleil couchant, la queue du soleil couché qui s'étend rosé et pourpre sur tout l'horizon comme un voile déplié où se pose l'arc de la lune.

Tu t'emplis de tableaux, les deux mains dans tes poches. Tu lèves les pelles de la rêverie. Elle déborde de droite et de gauche, sort de son bassin, s'épanouit à l'aventure, au hasard.

Tu as même des idées pas gaies. Tu penses à la mort, avec effroi quand il tonne, sans peur quand il fait clair, que la lumière diffuse se fourre partout, regarde par chaque pente de volet et fait pencher les avoines lourdes, quand tu voudrais bien être quelque part, à l'ombre, tranquille, loin du monde, et que tu te vois, nullement ému, les pieds joints, allongé, recueilli, presque souriant, à quelques pouces sous terre, tout près des fleurs, des herbes, de la vie et du bruit.

C'est bon. Je t'écoute. Tu te fais élégiaque. Tu comprends tout, ma foi !
Tu panthéises. Tu vois Dieu partout et nulle part. Tu as des idées sereines qui te font sourire avec bienveillance.
Tu dégustes le temps. Tu te trouves bien comme le reste, mais je te le redis : "Petit cochon, tu ne travailles pas !"

Journal, de Jules Renard, 1889.

21:25 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

15/03/2009

L'élevage du vin : témoignage

P1000634.JPGOn faisait du très bon vin. Michel s'était vraiment bien mis dans le pays. Il avait appris plusieurs techniques et savoirs-faire de différentes personnes.
Et puis il aimait ça, les vignes. Chaque année, celui qui nous prenait le vin au château de Leuc nous demandait ce que nous y faisions pour qu'il soit aussi bon. Au moment des vendanges, on ramassait le raison très tôt. On n'attendait pas qu'il se gâte.

On a renouvelé ou planté toutes les vignes que nous avons achetées.Ce n'était pas comme maintenant, les plants de vigne étaient alors tous mélangés. A la vigne de la montée, nous n'avions mis que des bons raisins : il y avait huit tières de Mauzac, huit tières de blanc d'espagne, huit tières de jurançon, de l'aramon, du muscat, du terret pour faire du vin blanc. La blanquette était en haut de la vigne, là où se trouvait le terrain le plus aride, et le terret, il servait à donner du degré. C'était un raisin jaune orangé, pas très bon à manger mais qui faisait du bon vin. On a aussi planté beaucoup de carignan. Une bonne partie de la production était pour notre consommation.

Pour les planter, nous avons beaucoup peiné. Il fallait labourer très profond. Nous n'étions pas équipés pour faire ce genre de travail. Nous avons acheté un petit tracteur quelques années après.
Nous n'avons jamais acheté de plants greffés. C'est Michel qui les préparait et qui le faisait. Je partais l'aider toute la journée. La veille du greffage, Michel laissait tremper les greffons dans de grands seaux d'eau pour qu'ils soient bien frais. Le lendemain, il coupait les branchages et fendait le cep de vigne. Nous suivions derrière avec des piquets pour attacher les "pourettes". Dès qu'elles sortaient, il fallait mettre un piquet pour que le vent ne les emporte pas. Nous devions ensuite le recouvrir avec de la terre très fine.

L'hiver, il partait tailler, seul.On commence en général à la fin du mois de novembre, aux alentours de la Ste Catherine, pour terminer vers le mois de mars quand les bourgeons commencent de sortir.
Il partait tous les jours jusqu'à la nuit. Il disait qu'il n'aurait jamais pu faire un métier dans un bureau et ne pas être son propre patron. Les vignes taillées, on pouvait commencer de faire les fagots de sarments.
On les laissait tout le long de la rangée, au fur et à mesure qu'on avançait. On les liait, puis on les charriait en bordure de chaque rangée.Là, on faisait un petit tas appelé une "massière". Ces massières étaient construites avec cinq fagots à la base, puis en diminuant, trois, deux, puis finalement un seul fagot au sommet.
Quand on se promenait sur les chemins, c'était très joli d'apercevoir ces petits monticules dispersés un peu partout sur les collines.(...)
P1000355.JPG
Au printemps, quand la vigne a déjà bien poussé, il faut ébourgeonner. On ne laissait que ceux du haut de la souche. Il y avait des plants de vigne qui en produisaient beaucoup plus que d'autres. Sur l'aramon, il n'y en avait pas beaucoup. Quand on labourait autour des ceps, il fallait que j'aille "déchauceler", c'est-à-dire enlever la terre restée autour du cep.
Ces vignes, on aurait dit des jardins tellement tout était entretenu, nettoyé dans les moindres recoins.
On partait soufrer au début du mois de mai. On commençait souvent avant la nuit, parce qu'à ce moment-là, il n'y avait pas trop de vent. Le matin, on réveillait tout le monde avec notre tracteur même si on n'était pas tout seuls à le faire. Chacun avait sa rangée et sa petite souffrette à main. Il fallait revenir au tracteur pour les remplir. Quand les rangées étaient trop longues, on transportait le soufre dans un cabas.

Même avec des lunettes, les yeux nous pleuraient quand même tout le jour.
Mais quand on laissait une vigne toute blanche de soufre, ça faisait du bien.


Extrait de : Un gars du Nord et une jolie fille du Midi, 2003.

19:03 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : vin, mots

10/03/2009

Mots de la ville

Photo004.jpg Je porte un manteau sur la tête
Un fichu dans les mains
Je n'ai plus de raison
De maison
J'erre dans les rues
A la recherche de ciels purs

Je promène mon petit chien
Qui n'a l'air de rien
Je promène mes peines
Sans qu'elles me reviennent

Je porte une écharpe
En bandoulière
Un parapluie sur les genoux

Mes cheveux attachés
Je les défaits
Et ma nuque me sourit

je n'ai plus de prix en tête
Je regarde les rues
Je suis le fil de laine
Du manteau dans mon dos

Je suis la pluie
Le vent
Je regarde les gens
Qui passent devant moi
Sans voir que je suis là

Je n'ai plus de maison
De raison
Mais encore des frissons
Dans le corps

Je rêve à des décors de carton pâte
De mille-pattes
Je rêve à des sourires
Des prisons de désirs

Je n'ai plus de maison
Mais j'ai mon parapluie
Mon pardessus gris
Et par-dessus les toits
Il y a ma voix.

08/03/2009

Les femmes selon Vialatte

voyage sabine 022.jpg La femme remonte à la plus haute antiquité.
Elle est coiffée d'un haut chignon. C'est elle qui reçoit le facteur, qui reprise les chaussettes, et fait le catéchisme aux enfants.
Je l'ai bien connue dans mon enfance. Sous la forme insolite de Melle Guérin. Nous étions assis sur un banc. Elle, sur une chaise en face de nous. Toute petite, toute menue, et tout de noir vêtue. Pareille à une fourmi. Une fourmi bienveillante. Avec de beaux yeux bleus et de très jolis cheveux blancs. Et un boa autour du cou. Un petit boa. Pour le grandiose. Pour la toilette et la féminité. Pour le principe et la bourgeoisie. Bref, pour la classification. Ce boa nous fascinait. Il avait des plumes noires qui se moiraient de reflets zinzolins. Nous le trouvions luxueux et incompréhensibles.
(...)
La femme se compose essentiellement d'un chignon et d'un sac à main. C'est par le sac à main qu'elle se distingue de l'homme. Il contient tout, plus un bas de rechange, des ballerines pour conduire, un parapluie Tom Pouce, le noir, le rouge, le vert et la poudre compacte, une petite lampe pour fouiller dans le sac, des choses qui brillent parce qu'elles sont dorées, un capuchon en plastique transparent, et la lettre qu'on cherchait partout depuis des semaines.
Il y a aussi, sous un mouchoir, une grosse paire de souliers de montagne. On ne s'expliquerait pas autrement la dimension des sacs à main.
(...)
Il y a des femmes qui chantent la Marseillaise, drapées dans le drapeau tricolore, d'autres qui attendent l'autobus 27 au coin du boulevard Arago ; il y en a qui rappellent leur chien; il y en a qui jouent du tambour dans "l'orchestres des Hirondelles", d'autres qui sont parents d'élèves, et d'autres qui volent des lapins. On voit par là leur infinie diversité. C'est pourquoi il est difficile de prendre une vue synthétique de la femme et d'en faire un tableau complet. Le docteur Garnier a réussi pourtant, en 1883, dans son beau traité du Mariage, à la page 196, à établir d'une façon générale que la femme a la graisse plus blanche et bien plus fine que celle de l'homme, et le genou plus gros et plus rond. Elle a également dix ans de moins. Cet âge inférieur à celui de l'homme change aussi bien moins fréquemment. Balzac pose en principe que les dix plus belles années se situent, pour la femme, entre 29 et 30 ans.
C'est au cours des grandes migrations que la femme donne sa plus belle mesure. Elle jette pêle-mêle les enfants et les sacs dans les hauts chariots à roues pleines, elle les bâche, elle attelle elle-même les chiens de traîneau. Elle fait le coup de feu contre les Peaux-Rouges. Elle rattrape, à l'étape, les juments égarées.(...)
La femme a trois sortes de chichis : les grands chichis, les moyens chichis, et enfin pas de chichis du tout.
Pour faire les grands, elle oint sa peau de substances grasses violemment colorées, elle peint son corps en guerre contre les soldats hurons. Avec des produits en franglais : l'eye-liner, le flash-back, que sais-je ? Elle se badigeonne de flash-back, elle se frictionne les omoplates à l'eye-liner. Elle va chercher du bouillon e poireau à la cuisine. Elle se fait des masques de tomate, de jaune d'oeuf et de fromage blanc. Elle laisse durcir, puis elle arrache avec les ongles. Elle se baigne dans le jus de concombre, elle se frotte les gencives avec un noyau de pêche, elle se parfume à la chlorophylle, elle se caresse avec de l'échalote, elle se gratte avec des orties. Elle se fait macérer dans la purée de fourmis.
A peine sèche, le coiffeur l'enferme au fond de sa cave. A côté de vingt-cinq autres femmes. Sur des fauteuils. Toutes immobiles. Comme des poupées. Comme des momies. Dans un drap blanc.
Spectacle du monde, Juin 1968.

22:26 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : femme, mots

04/03/2009

C'est l'printemps

P1000623.JPG Deux colombes
Font la bombe
Deux cocottes
Se bécotent
Deux asticots
Font les beaux
Deux zozos
Font les marlots
Deux amoindris
Font des chichis
Deux muses
Font mumuse
Deux sots
Font des rots
Deux rats
Font ma me mi mo mu
Deux roues
Font un paon
Deux chats
Font des chiens.

Deux hirondelles
Font les belles.
Un poivrot
Un gigolo
Avec son pantalon
Un accordéon
Avec ses manches
des dimanches.



Dans sa tête
Il est trop tard.
Pour tuer le temps
Fallait se lever tôt
Et prendre le printemps
Dans ses bras de marlot

Maintenant il court il court
Pour rattraper le train de l'envie.

Son heure est passée
Il reviendra l'année prochaine
Saluer un trépassé
Pâtissé de calembredaines.

28/02/2009

Signes du quotidien

Samedi, c'est lessive

P1000553.JPG



Et mots d'amour

P1000561.JPG




20:16 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots

21/02/2009

Les mots (de Dany Laferrière suite)

P1000525.JPGExtrait :
"Je trouve mes mots partout. Dans la rue, dans les livres. Ou simplement dans l'air.
Certains mots, même quand on ne les emploie plus, aiment rester dans l'air à flotter, attendant qu'un facétieux les attrape.
J'aime surtout les mots simples que les gens emploient souvent.
Il m'arrive de prendre un de ces mots, un mot constamment utilisé par tout le monde, un mot qui a roulé sa bosse et de me concentrer dessus jusqu'à ce qu'il devienne tout neuf. Comme un sou. Tiens, le mot sou par exemple. Trois lettres seulement et tu achètes ce que tu veux avec, enfin ce qui est achetable, car rien de ce qui a une vraie valeur n'est achetable (la mer, le ciel, la lune, la couleur jaune ou le coeur).
Faut quand même pas cracher sur le mot sou. Ce mot, j'aime l'avoir dans la poche. Je garde secrètement mon cahier noir parce que les gens que je côtoie ne comprendraient pas la passion naturelle que j'ai pour les mots.
Un tel luxe pourrait les effrayer. Ils comprennent bien la passion du pouvoir, de la politique ou de l'argent. Même les gens un peu sensés finissent par me demander d'écrire un livre. Pourquoi ne pas rassembler mes mots pour en faire une histoire ?
Le problème, c'est que je n'aime que les mots, pas autre chose.
Pas les phrases, ni les histoires.
Un mot dit tellement plus qu'une phrase ou une histoire. Quand je pars dans de pareilles dérives, c'est toujours difficile de m'arrêter. Je vis surtout dans ma tête. Très peu de gens savent vraiment à quoi je pense. On veut tellement me confiner dans un seul sujet (la politique), comme si mon cerveau n'était pas plus vaste que leur univers.
Je peux faire entrer l'univers entier dans un coins de mon cerveau. Mes émotions m'épuisent tant elles sont riches.
L'affaire, c'est que je suis un rêveur dans un pays où l'on n'aime pas les rêveurs. Et là je ne parle pas seulement du dictateur. Tout le monde combat le rêve et les rêveurs.
Je me demande si il y a un endroit au monde où on les accepte. Je voudrais bien y aller. Sûrement sur une carte imaginaire. Vieux Os au pays des merveilles. Mon livre préféré : l'histoire de cette petite-fille qui traverse le miroir.
Je ne demande pas grand-chose pourtant, simplement qu'on me laisse rêver en paix.
Je n'ai besoin de rien d'autre."

19:34 Publié dans 1 texte / 1 auteur | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mots