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25/03/2012

Le temps vieillit beaucoup trop vite

 

Tristesse. Antonio Tabucchi nous a quitté.

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"Et c'était cela, l'étrange fonction de l'art : arriver par hasard à des personnes prises au hasard,

parce que tout est hasard dans ce monde, et que l'art nous le rappelle :

et c'est pourquoi il nous rend mélancoliques et nous réconforte.

Il n'explique rien, comme le vent n'explique rien :

il arrive, il agite les feuilles, et les arbres restent traversés par le vent,

et le vent s'envole."


Extrait de "Vagabondage", dans Le jeu de l'envers.

24/03/2012

La fille aux bas nylon

 

S'amuser à écrire à partir de la contrainte donnée par Pierre Ménard sur son site ici.

 

Je la suis. Ses longues jambes tricotent l’esplanade. Depuis le métro tout à l’heure. De dos elle était avec ses longs cheveux châtains ébouriffés et ses boots à fourrure. Le type en face la regardait l’air de rien, ses longs cils recourbés. Dieu grec, presque un enfant. Elle est sortie sans un regard vers lui. Une fille a dit, ils sont gentils en parlant des trois gars, Samuel est le plus beau. Elle s’est retournée, la plus maquillée du groupe, le regard absent. Elle est passée devant moi, m’a frôlée, déjà ailleurs ;

Je la suis comme un toutou, à distance. Elle marche sur le gravillon de l’esplanade, droit vers les fontaines, sous les platanes encore nus. Elle prend l’ascenseur. Dans le vide il se balance et elle aussi elle se balance, d’un pied sur l’autre, les jambes fines sous le nylon noir . Je voudrais la suivre sur un pont mais il n’y a pas de pont ici, il n’y a que la mer et elle est loin. Elle tourne le dos au lez domestiqué et elle aussi, la fille ,elle tourne le dos. Arrivée en bas du Corum, elle reprend le tram aux fleurs oranges . Elle a ses écouteurs.

Je ne fais pas de bruit. Où va-t-elle. Son Bts commercial pro, ses écouteurs. Sa vie je la connais déjà. Des types sangsues qui n’osent pas s’approcher comme moi.

Un contrôleur. Je descends je perds sa trace. Une autre fille, au béret  orange constellé d’étoiles, celle au blouson rouge, la petite avec les baskets roses, la vielle avec son imper. Faire un carte avec les dates, les couleurs, les profils, à chaque rue, une histoire ; dans chaque regard une vie.

 

fille,rue,filature

texte et image © SN 2012


 

23/03/2012

Journal d'un corps


Venue de Pennac, Daniel de son prénom, hier soir à Montpellier pour présenter son dernier bébé, "Journal d'un corps", paru chez Gallimard.

Il fut admirable, émouvant, sincère et cabot, faisant rire la salle à plusieurs reprises, en évoquant la prostate, ou le collage de langue de boeufs sur une porte durant ses années de pensionnat. Lectures, et quelle lecture, à voix haute de plusieurs passages. Evocation de la boule d'énergie des nouveaux-nés, du temps qui passe et qui n'est pas le même pour tout le monde et selon les années vécues sur terre pour chacun d'entre nous.

La salle était bondée. Deux fauteuils en cuir rouge attendaient sur la scène. Il fallait faire le show institutionnel et médiatique. Je me suis dit que je n'aimerai pas être à sa place. L'auteur doit être à la hauteur, amuser l'auditoire.

Un petit homme chauve, au fond de la scène, portant bermuda et tenant à la main, même assis, un charriot de course, attendait.

Puis ce fut le rituel des autographes. Je m'y suis pliée en ayant l'impression de passer une auscultation devant le docteur.

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" 50 ans et 3 mois

Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d'abord aux femmes. En retour, j'aimerai lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère; En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu'un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ces seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe."

Daniel Pennac

22/03/2012

Revoir, écouter, sourire, pluie


Savoir avant d'écrire. Avant de lire. Connaître toute l'histoire et la redécouvrir dans le livre. Le livre n'est que la retranscription de ce que l'on sait déjà, du début, du milieu, de la fin. Un ordre du monde intérieur.

Voir les parts d'enfance. Vernis qui craque.

Voir entre les interstices, voir à travers. Se mélanger aux feuilles. Respirer les écorces.

Le pinceau passe doucement sur la toile. La main veinée caresse le fusain. La main repasse plusieurs fois. Lenteur de l'image. Un homme est assis sur un petit banc de bois au ras du sol. Devant lui une feuille blanche. Il reste immobile à attendre, les yeux à demi fermés. Puis il commence à écrire l'arbre qu'il a devant lui, le grand chêne, le petit chêne vert. Silence, calme, lenteur. On suit doucement la courbe de la main. Méditation sylvestre.

Images. Yeux embués, questions, ravioles aux cèpes, japonaise à genoux qui sourit, une lampe, dehors la pluie doucement sur les pavés, un livre, demain, signature.


21/03/2012

Red shoes

 

Faites-moi penser à acheter des chaussures rouges

 

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J'ai déjà parlé du rouge, Ici.

 

Et sur la magie de la couleur rouge, voir un blog très sympa qui en parle (ici )

20/03/2012

Petite giboulée deviendra grande

 

pluie,printemps

Un peu de vert

 

avant le Vert.


Dans les yeux, la lumière

qui vient peu à peu

du ciel


D'en haut jusque en bas

D'en bas jusque aux cîmes


Et puis et puis

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texte et photo © SN 2012

19/03/2012

I'm not a geek -)


Je ne suis pas geek, je ne suis pas fun, je ne suis pas cool, je ne suis pas In.
Je n’ai pas de compte tweeter ni facebook. La honte, la boulette.
Je n’ai pas ou peu d’existence sur le réseau. Est-ce que j’existe vraiment ? Bientôt on devra se poser la question. Si on n’est pas dans les réseaux, on n’existe pas. On est une nébuleuse de chair inexistante non identifiée.

Notre ombre virtuelle a plus de raison d'être, vit à notre place, en permanence connectée.
Peut-être que si on se déconnecte, on n’existe plus. On n’a plus d’existence extérieure, visible en permanence, on n’est qu’un corps sans résonnance. Diable. Branchez-moi des antennes au bout des doigts. Dans les yeux, le cerveau. Vous connaitrez tout. Je me diluerais dans la toile, me laisserait absorber par le flux, tout ne sera que flux.

Je serais un seul être composé de milliers d’autres, qui pourront lire dans mes pensées et moi dans les leurs, qui connaitront mes actes, sauront où je suis à chaque instant, pourront photographier ma maison mon jardin, mon bureau. Je n’aurais plus besoin de sortir pour voyager.
Et puis un jour, je ne pourrais plus me connecter. Ce jour-là ce sera la fin. Mon être sera mort et on dessinera une immense fleur sur la toile et on me délivrera un hommage posthume, une tombe comme pour les chats où on pourra écrire des mails et je les recevrai depuis ma tombe.
Connectée d’en bas. Evidemment.


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Montpellier, Corum, lundi 19 mars 2012, 17 h 45.


18/03/2012

Comment tu respires

 

Comment tu respires, sur quel tempo. On devrait demander ça aux gens que l'on rencontre, savoir en les regardant un peu mieux, en les observant, en écoutant leurs mots, leur voix, leurs silences, leur musique intérieure.

Comment tu respires et le monde. Tu l'écoutes comment, comment tu le respires. A deux temps, à trois temps, une valse, un blues.

ça dépend dis-tu, de la lumière, du temps qu'il fait, de la poussière dans l'oeil, du souvenir qui ne s'évanouit pas. Comme on était bien, comme on était mal, comme on était.

Ecoute cette musique, respire-là. Dis-là.

17/03/2012

On les broie

 

 

Ils avaient de quoi te faire taire, te faire taire à jamais. Sous un train tu es partie.

Ils avaient de quoi te faire taire, épine. Sale épine dans leur pied.

Eux : Ne pas les laisser déblatérer les autres. Circonscrire, vite, noter, intimider, menacer. Oui, menacer. En douce, en lousdé, l'air de rien, avec le sourire. Toujours avec le sourire. On est pros, on défend l'intérêt, on dort bien, on dort très bien. Les pressions, dépressions. Pas de traces, pas de mails.

On avance à petit pas et ces pas nous débarrasserons de la vermine qui ne sait pas se taire. On les connait, on les nettoie. On les aspire. on les broie et puis on les range dans des boites silencieuses. Et on se repent, après, en public, on dit quoi, mais non, mais rien, pas de preuves. On fait une minute de silence, oui ,de silence.

Tout est silencieux, les hommes, les papiers. Le silence est ce qu'il y a de mieux pour ceux qui ne savent pas se taire.