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01/03/2009

"Le fellah, l'homme dont on ne parle pas"

Extrait des Chroniques égyptiennes de Vialatte réunies sous le titre "Au coin du désert", aux éditions le Dilettante.

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"Le fellah : C'est l'être le plus pauvre et le plus anonyme, le paysan le plus humble du monde.
Couleur du sol, il vit à ras du sol, dans une maison qui a l'air, à peine, d'une boursouflure, d'un furoncle du sol.
On le trouve, le soir, accroupi sur sa porte, recouvert de ses animaux, ses poules sur son épaule, sa chèvre sur les genoux.
Tout son trésor. Il couche avec.
Il a si peur qu'on le lui vole qu'il l'emmène aux champs avec lui. Il se déplace par processions zoologiques.
Il faut le voir revenir le soir, sur un rideau de cannes à sucre, suivi de son arche de Noé, comme un bas-relief solennel, avec ses quatre dromadaires qui n'ont pas de fesses et qui n'entendent pas les klaxons, ses bufflesses noires, douces et poussiéreuses, ses ânes et ses chèvres et ses poules.
Sa femme, voilée, ses enfants bariolés, habillés de robes, coiffés de calottes, comme les enfants de choeur d'on ne sait quelle déesse, s'égaillent autour des cultures, si bien qu'on croirait à une fête.
Il y a toujours sur le bord de la route une femme en noir, avec un ânon fatigué qui porte un collier de perles bleu ou de mains de fatma, et des mouches qui mangent les yeux de l'âne et les paupières de l'enfant brûlées par l'ophtalmie.
Il y a toujours une bufflesse en train de tourner une noria ; deux ou trois milans qui décrivent des cercles, voient des choses qui vous échappent, et tombent tout d'un coup, à pic, comme une pierre."