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28/02/2010

Ô joie luisante

 

En attendant les photos prises à la French riviera et un cable qui arrive par la poste, ces quelques lignes merveilleuses de Giono, extraites de "Que ma joie demeure" :

giono.jpg

"C'était une nuit extraordinaire.

Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l'herbe. elles étaient en touffes avec des racines d'or, épanouies, enfoncées dans les ténèbres et qui soulevaient des mottes luisantes de nuit. (...)

Le ciel tremblait comme un ciel de métal. On ne savait pas de quoi puisque tout était immobile, même le plus petit pompon d'osier. ça n'était pas le vent. C'était tout simplement le ciel qui descendait jusqu'à toucher la terre, râcler les plaines, frapper les montagnes et faire sonner les corridors des forêts. A près, il remontait au fond des hauteurs. (...)

Il y avait tant de lumière qu'on voyait le monde dans sa vraie vérité, non pas décharné de jour mais engraissé d'ombre et d'une couleur bien plus fine. L 'oeil s'en réjouissait. L'apparence des choses n'avait plus de cruauté mais tout racontait une histoire, tout parlait doucement aux sens. La forêt là-bas était couchée dans le tiède des combes comme une grosse pintade aux plumes luisantes.(...)


Il tournait le dos à la forêt.

Et puis, la vie, la vie et la vie. Pas malheureux, pas heureux la vie. Des fois il se disait... Mais tout de suite, au même moment, il voyait le plateau, et le ciel couché sur tout et loin, là-bas loin à travers les arbres, la respiration bleue des vallées profondes, et loin autour il imaginait le monde rouant comme un paon, avec ses mers, ses rivières, ses fleuves et ses montagnes. Et alors, il s'arrêtait dans sa pensée consolante qui était de se dire : santé, calme, la Jourdane, rien ne fait mal, ni à droite, ni à gauche pas de désir. Il s'arrêtait car il ne pouvait plus se dire : pas de désir.

Et le désir est un feu, et santé calme, et tout brûlait dans ce feu, et il ne restait plus que ce feu. Les hommes, au fond, ça n'a pas été fait pour s'engraisser à l'auge, mais ça a été fait pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes, s'en aller dans la curiosité, connaître.

C'est ça, connaître."

Le Centre Giono à Manosque.


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La montagne Sainte - Victoire, Paul Cézanne, 1888-1890.